Ce que Paris Web nous a appris sur l’Internet

Paris Web, c’est une conférence annuelle visant à explorer les thèmes de l’accessibilité Web, du design numérique et des standards ouverts. Pour JoliCode, c’est aussi l’occasion de retrouver plein d’amis et de rencontrer toujours plus de personnes.

Comme chaque année, impossible d’assister à toutes les présentations, mais afin de vous partager un petit aperçu, nous avons pu profiter de ce moment pour observer entre autres que :

Internet : c’est dangereux

Sur son blog Miximum, Thibault Jouannic a l’art et la manière de nous partager ses expériences. Le premier jour de la conférence, c’est avec le même ton et la même passion qu’il nous a parlé du Web, cette fois IRL, en abordant un thème sensible, gênant, parfois flou et qui nous prive de toute intimité : la monétisation d’informations personnelles.

La monétisation d’informations personnelles, c’est aujourd’hui le modèle économique dominant sur le Web. On sait tous (je l’espère pour vous) que nos données sont récupérées. Si c’est très facile d’observer les trackings effectués sur nos pages, c’est moins évident de voir de quelle manière et par qui ces données seront utilisées.

Un grand principe ressort de sa conférence, que chacun, développeur comme utilisateur, devrait toujours garder en mémoire : « Toute donnée quelle qu’elle soit doit être considérée comme sensible ».

Thibault nous a ensuite exposé un bon nombre de pratiques à suivre côté développement pour garantir au mieux la sécurité des données de nos utilisateurs. En vrac, on citera :

  • éviter les CDN au maximum et héberger les fonts et autres assets en local dès que cela est possible ;
  • préférer Open Street Map à Google Maps et un système de commentaires custom (ou pas de système de commentaires) à Disqus ;
  • privilégier systématiquement HTTPS ;
  • conserver le minimum de données ;
  • éviter de bloquer les utilisateurs de Tor et donc ne pas utiliser des services basés sur le principe de réputation par IP (c’est le cas de Google Recaptcha par exemple) ;
  • penser à la « privacy by design » (ne pas demander à l’utilisateur des informations dont on n’a pas réellement besoin par exemple).

Nous vous invitons à consulter sa conférence. Pour aller plus loin, nous vous conseillons aussi de regarder le documentaire réalisé par Bret Gaylor, « Do not Track »

Internet : on n’y comprend toujours rien

Dans sa conférence, Bruce Lawson s’intéresse à la manière dont l’Internet que nous (utilisateurs français) utilisons et développons au quotidien est en décalage énorme par rapport aux possibilités et aux attentes des utilisateurs d’une bonne partie du monde.

En se basant sur l’expérience qu’il a acquise en travaillant sur le navigateur Opera et en vivant plusieurs années en Asie, il expose des faits et des chiffres qui impressionnent et poussent à la remise en question de notre vision d’Internet. Sur les 3 milliards d’utilisateurs réguliers du Web, seul un tiers a accès à une connexion Internet haut-débit. Parmi les 2 milliards restants, une bonne partie se contente d’un accès à Internet sur mobile, et seul un faible pourcentage dispose de smartphones et d’une bonne couverture 3G/4G.

Ce que veut nous montrer Bruce à travers ces chiffres est la nécessité pour nous développeurs de s’adapter à ces utilisateurs, puisque eux n’ont pas la possibilité de s’adapter à « notre » Internet. Il faut donc limiter la taille des pages Web ou plus généralement réduire la consommation des sites en terme d’utilisation processeur, de débit, de batterie… Une solution existe notamment à travers les progressive web apps. Bruce nous donne également un bon aperçu du système utilisé par Opera Mini, basé sur une utilisation du cache agressive et une compression maximale des pages Web.

Une conférence que nous vous recommandons de voir (ou revoir), disponible via la vidéo enregistrée lors de « You gotta love frontend » (celle de Paris Web n’étant pas encore disponible en ligne).

Internet : nous devons avoir un comportement plus éthique

Raphaël Yharrassarry nous a parlé de son expérience en tant qu’UX designer, et observe qu’il y a encore trop peu de volonté de la part des clients de mettre l’utilisateur au centre de la conception. Raphaël a profité de cette conférence pour nous apporter quelques protips afin d’aller de l’avant, comme la mise en place d’ateliers de co-conception ou d’entretiens exploratoires, qui ne peuvent apporter que du bien à un projet.

Pour garantir le succès d’un projet et ne pas se compromettre, Raphaël nous invite à être bienveillants avec les utilisateurs finaux, mais aussi les équipes et les clients. Autre conseil, reposez-vous sur le code de conduite de l’UXPA (L’association des professionnel de l’eXpérience Utilisateur).

N’hésitez pas à consulter la conférence « UX Ethique » de Raphaël.

Photo de Julien LIARD

Internet : vivement demain !

Nous considérons qu’Internet n’est pas une finalité, et avancer dans cette optique nous permet de découvrir chaque jour de nouveaux horizons.

C’est avec des exemples concrets et pleins de dessins que François Zaninotto, orateur level 99, nous a ainsi parlé de la fameuse Blockchain. Comment fonctionne-t-elle ? Comment son équipe a-t-elle pu l’expérimenter et développer de vraies applications avec ? Va-t-elle changer le monde de demain ? Autant de questions qui ont été abordées sans langue de bois.

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Encadrer les échanges par des programmes, pour moins d’abus et moins de piratage : c’est un peu le pari de cette technologie qui a le vent en poupe.

À première vue, c’est magique (et ça l’est vraiment). Regardez le Bitcoin (qui se repose sur le blockchain) : il y déjà quatre ans que la toute première transaction faite dans le but d’acheter un bien de la vie quotidienne a été validée (et pour rappel, ce n’était pas n’importe quel bien, c’était des pizzas 💕).

On peut aussi observer l’émergence d’une quantité ahurissante de decentralised apps (qui s’exécutent dans la blockchain) ces dernières années, qui sont très intéressantes, comme https://storj.io/, ou bien encore https://stampery.com/, qui semblerait permettre aux notaires de prendre des vacances… pour de bon. Ou pas ?

En conclusion, François Zaninotto nous partage son point de vue personnel, après plusieurs mois de tests et développement qui est que la blockchain reste une grosse usine à gaz, et cela semble aussi constituer un passe droit impossible à réguler, et à sécuriser. En ce sens la blockchain mène vers une société ultra libérale. C’est un outil déshumanisé qui considère que l’empathie et la compassion sont des choses négligeables dans le rôle d’intermédiaire.

Cependant, à condition de cantonner son utilisation à des projets très précis (comme le bitcoin), la blockchain semble être une technologie porteuse d’avenir, mais aussi qui, bien utilisée, aspire à un monde meilleur, avec l’exemple de BitNation : une decentralised app conçue pour offrir un gouvernement décentralisé. L’idée est loin d’être mauvaise car l’intermédiaire de confiance qui a besoin d’innovation aujourd’hui, c’est notre démocratie. La blockchain aura-t-elle un rôle dans la reprise du contrôle du futur collectif ? François parie dessus, et nous aussi !

Photo de Julien LIARD

Le mot de la fin

Merci à l’organisation ParisWeb pour leur accueil, kudos aussi pour la retranscription vidéo en direct des conférences sur stream.px, kudos pour leur sous-titrage live et leur traduction en langue des signes, amazing job !

Merci aussi aux conférenciers que nous n’avons pas cités, mais qui ont également animé des conférences de grande qualité : nous sommes remontés à bloc pour 2017 !

À l’année prochaine.

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